Photo : Robert Klank / Unsplash

Immigrer au Canada : « Ce soir tu dormiras en prison »

Un rapport de Human Rights Watch et Amnistie internationale révèle qu’au Canada, les personnes migrantes sont souvent incarcérées pendant des mois. Les témoignages recueillis par les organismes font aussi état de violation des droits humains et de cas de discrimination.

Un rapport publié le 17 juin dernier par Human Rights Watch et Amnistie internationale révèle que pas moins de 8825 personnes migrantes ont été incarcérées dans des centres de surveillance de l’immigration (CSI) et des prisons provinciales. Plusieurs personnes migrantes sont incarcérées dès leur arrivée au pays, sans date de libération et sans possibilité de contact avec l’extérieur. Dans certains cas, des personnes peuvent rester enfermées dans un CSI pendant des mois et parfois plus d’un an. Depuis 2016, 300 personnes ont en effet été détenues pendant plus d’un an par le Canada pour des questions d’immigration. 

Les pratiques des services frontaliers contredisent l’image ouverte et accueillante que le Canada met de l’avant sur la scène internationale, juge Samer Muscati, directeur adjoint de la division Droits des personnes handicapées à Human Rights Watch. Des témoignages recueillis dans le rapport illustrent l’attitude des services frontaliers.

« L’un des agents [des services frontaliers] m’a dit : “Le Canada est un pays de liberté pour les Canadiens, pas pour les étrangers.” Il semblait très content de me dire : “Ce soir tu dormiras en prison.” Ça faisait rire les autres agents… »

« Idriss », demandeur d’asile incarcéré au CSI de Laval en 2020, cité dans le rapport de Human Rights Watch et Amnistie internationale

Ces longues périodes de détention ont des conséquences graves pour la santé mentale des personnes migrantes, allant des idées suicidaires à des traumatismes qui perdurent des années après leur libération.

Selon le rapport, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) fait aussi preuve de discrimination. Les personnes migrantes racisées, surtout noires, sont plus souvent envoyées dans des prisons provinciales, où les conditions sont plus strictes, plutôt que dans des CSI. Elles passent aussi plus de temps en détention. C’est la même chose pour les personnes en état de handicap psychosocial, tels la dépression ou la schizophrénie, qui sont enfermées plus longtemps et, une fois libérées, doivent se conformer à des règles plus strictes que d’autres migrants. 

Les conditions dans les CSI se sont détériorées durant la pandémie. Au centre de Laval, des détenus ont fait la grève de la faim à quatre reprises pour protester contre les conditions inhumaines dans lesquelles ils sont gardés.


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